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Stratégie de niche pour Sanofi-Aventis

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Le laboratoire pharmaceutique français Sanofi-Aventis veut racheter l’américain Genzyme pour 18 milliards de dollars, parce que Genzyme est une proie tentante pour un grand laboratoire comme Sanofi. C’est l’un des leaders mondiaux des biotechnologies, qui est LE secteur en plein boom de la pharmacie.


Il s’est spécialisé dans le traitement des maladies rares. C’est aussi une entreprise fragilisée suite à des problèmes de production, et son patron qui l’a fondée il y a trente ans doit passer la main. Chris Viehbacher, le patron germano-canadien du groupe français, lorgnait cette perle depuis des mois. Hier, il a enfin envoyé sa proposition de rachat. Pour une belle somme, puisque les achats d’une telle ampleur réalisés par les groupes français ces dernières années se comptent sur les doigts d’une seule main.

Il est évidemment trop tôt pour dire si cette opération va réussir. Pour l’instant, les dirigeants de Genzyme n’ont pas dit non. C’est sans doute le signe que l’on discute le bout de gras, c’est-à-dire le prix auquel pourrait se conclure l’opération. Le célèbre raider Carl Icahn, bon pied bon œil à 76 ans, qui détient 5% de Genzyme, ferait 30% de plus-value en trois ans au prix proposé, ce qui n’est pas si mal. Les actionnaires du groupe américain vont logiquement tenter de faire monter le prix. Mais certains actionnaires de Sanofi ont fait savoir hier qu’ils verraient d’un mauvais œil une surenchère.

Genzyme a dans ses tuyaux des médicaments prometteurs contre la sclérose en plaque, le cholestérol ou certains cancers. Si l’opération réussit, ça donnerait un peu d’oxygène à Sanofi. Car la vie devient de plus en plus compliquée pour les grands labos. D’abord, il est difficile de trouver de nouveaux médicaments efficaces – les « faciles à trouver », on les a déjà trouvés ! Ensuite, les autorités publiques ne cessent de renforcer leurs exigences sur la qualité des médicaments et sur leurs effets secondaires. Elles n’hésitent pas à retoquer des médicaments, comme Sanofi en a fait l’amère expérience avec sa pilule anti-obésité. Enfin, il y a un problème d’argent. L’assurance maladie, qu’elle soit publique comme en France ou privée dans d’autres pays, doit faire des économies. Et ça passe par de rugueuses négociations sur les prix.

Les laboratoires ont néanmoins des médicaments qui leur rapportent beaucoup d’argent. Ils ont même un nom : on les appelle les « blockbusters », comme les films qui rapportent plus d’un milliard de dollars. Sanofi a par exemple le « Lovenox », un anticoagulant pour lutter contre le risque de thrombose, et le « Plavix » pour prévenir et traiter certains infarctus. Mais ces médicaments coûtent très cher à mettre au point. Quand le brevet tombe, des concurrents cassent aussitôt les prix en fabriquant des génériques – et les brevets tombent de plus en plus vite. Chris Viehbacher veut donc carrément se passer des blockbusters pour se renforcer sur des médicaments réservés à de petits groupes de malades, où la concurrence est moins vive. L’américain Genzyme s’inscrit parfaitement dans cette stratégie. Reste à savoir si cette politique de niche permettra à Sanofi de rester un grand groupe pharmaceutique.

Jean-Marc VITTORI

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